Il y a des moments dans ce travail qui restent en mémoire—non pas en raison d’une séance ou d’un intervenant en particulier, mais pour ce qu’ils font ressentir. Le Rassemblement 2026 de Renouer les savoirs Canada (RSC), tenu au Wanuskewin Heritage Park, a été l’un de ces moments.
Pendant des milliers d’années, Wanuskewin a été un lieu de rassemblement pour les peuples autochtones des Plaines du Nord—un site de cérémonies, de récits et de connexion au territoire. En mars 2026, il est redevenu un lieu de rencontre et d’échange, alors que près de 200 personnes s’y sont réunies depuis l’ensemble du Canada : Inuit, Premières Nations, Métis, non autochtones et immigrants; chercheurs, gardiens du savoir, jeunes, leaders communautaires et partenaires.
En réunissant différentes disciplines et perspectives, nous avons fait dialoguer nos savoirs, appris les uns des autres et renforcé notre capacité collective à répondre à certains des défis les plus urgents au Canada — les changements climatiques, la perte de biodiversité et d’habitats, la sécurité alimentaire, ainsi que la préservation des cultures et des modes de connaissance autochtones. Et même si l’horaire était chargé, ce que plusieurs d’entre nous ont retenu ne tenait pas à une présentation en particulier, mais au sentiment de faire partie de quelque chose qui grandit, qui s’approfondit et qui exige davantage de nous tous.
Pendant trois jours, les participants ont pris part à un programme dynamique composé de conférences, de panels, de séances interactives et d’expériences culturelles conçues pour favoriser les liens et l’apprentissage partagé. Les activités sur le territoire comprenaient une marche du bison qui a ancré les échanges dans le lieu, tandis qu’à l’intérieur, des activités pratiques telles que le perlage ont été proposées. Les cercles de partage, les discussions en panel et les présentations ont mis en lumière des recherches dirigées par des Autochtones, des initiatives de co-gestion et des approches innovantes en matière de gouvernance, de conservation et d’éducation.
L’objectif du Rassemblement était clair : favoriser les liens, renforcer les passerelles entre les systèmes de savoirs et explorer comment la mise en relation des savoirs autochtones et occidentaux peut générer des retombées concrètes pour les communautés, les politiques publiques et la gestion des territoires.
Commencer de manière respectueuse
Le Rassemblement a débuté par une cérémonie, une prière et des récits portés par Lyndon Linklater, gardien du savoir et porteur du calumet :
« Vous pouvez penser que vous vous êtes inscrits pour participer à un Rassemblement Renouer les savoirs, mais il y a une raison pour laquelle vous êtes ici. Alors, pendant que vous êtes ici, rencontrez-vous, créez des liens, bâtissez des amitiés, établissez des relations et apprenez les uns des autres. »
Ses paroles ont ancré l’espace non seulement physiquement, mais aussi dans son intention. Ce travail commence par les relations — entre les personnes, avec le territoire et au sein des communautés — et non par des diapositives ou des présentations.
Conférence d’ouverture : l’Aîné Phil Lane Jr.
La conférence d’ouverture du Rassemblement a été prononcée par l’Aîné Phil Lane Jr., chef héréditaire des nations Ihanktonwan Dakota et Chickasaw. Son message a donné le ton des jours suivants : un appel à dépasser les modèles d’extraction pour s’orienter vers des approches fondées sur la relation.
S’exprimant à partir des enseignements dakota et chickasaw, et s’appuyant sur des décennies de travail auprès de communautés autochtones à travers le monde, l’Aîné Phil a commencé par une prière de gratitude envers le Créateur. Il a reconnu les quatre directions, le Père Ciel et la Terre Mère, et a honoré les enfants des pensionnats dont les histoires ont contribué à éveiller le pays à des vérités et des responsabilités plus profondes.
Au cœur de son message se trouvait l’enseignement de « Tout ce qui nous unit ». Il a réfléchi au fait que de nombreuses langues autochtones privilégient les verbes plutôt que les noms, révélant une vision du monde où la vie est comprise comme mouvement, relation et responsabilité, plutôt que comme des objets à gérer ou à extraire. À travers des récits et de l’humour, il a rappelé à l’assemblée que de nombreuses idées aujourd’hui présentées comme nouvelles — telles que la pensée écologique — existent depuis longtemps au sein des systèmes de savoirs autochtones.
Ses réflexions se projetaient également vers l’avenir. Qu’il s’agisse de nouvelles technologies ou d’outils en évolution, l’Aîné Phil a souligné que l’innovation doit être guidée par une responsabilité éthique et une conscience spirituelle. Le savoir, a-t-il rappelé, n’est pas une marchandise, mais un échange vivant qui se renforce lorsqu’il est partagé avec soin, réciprocité et respect.
Ses paroles ont donné le cadre du Rassemblement : faire dialoguer les savoirs relationnels autochtones avec les outils analytiques des sciences occidentales afin de restaurer les territoires, de renforcer les communautés et de soutenir les générations futures.
La connaissance en action
Au cours des trois jours, les échanges sont passés du « pourquoi l'entrelaçement des savoirs est essentiel » à « comment il peut générer des impacts concrets ». Les séances ont exploré :
- la manière dont les savoirs peuvent éclairer les décisions aux niveaux local, régional et national
- la manière dont la recherche peut s’arrimer aux priorités des communautés et aux politiques publiques
- la manière dont la responsabilité envers les communautés autochtones et les systèmes de savoirs permet d’assurer des retombées concrètes et pertinentes
Le Rassemblement était structuré autour de cercles — des cercles d’apprentissage aux cercles d’influence — reflétant la manière dont les savoirs circulent dans le travail de RSC. Les séances portant sur l’enseignement postsecondaire et l’apprentissage sur le territoire ont démontré comment un apprentissage ancré dans la culture et le lieu renforce à la fois la recherche et les retombées communautaires. Les séances sur la gouvernance et le leadership en recherche ont mis en évidence la collaboration, le partage de l’autorité et le respect comme fondements d’un leadership efficace.
Les discussions appliquées ont recentré les échanges sur la conservation, la garde du territoire et les initiatives liées aux espèces en péril. Les intervenants ont montré comment l’intendance dirigée par des Autochtones contribue à façonner les mesures de protection à l’échelle du pays. Les défis environnementaux — qu’il s’agisse de la préservation des espèces, de la restauration des écosystèmes ou de la gestion des terres — exigent des approches relationnelles, ancrées dans le lieu et guidées par plusieurs systèmes de savoirs.
Leadership intergénérationnel
Le leadership intergénérationnel a été un thème fort tout au long du Rassemblement. Les jeunes de The Howl Experience ont apporté des perspectives nouvelles et une énergie marquée, mettant en lumière le rôle essentiel que jouent déjà les leaders émergents dans la transformation de ce travail. Parallèlement, les panels sur la gouvernance et la recherche ont exploré l’évolution du leadership au sein de RSC, avec un accent sur la collaboration, la responsabilité partagée et le renforcement continu des relations entre les communautés et les systèmes de savoirs.
Les séances sur les cercles d’influence de RSC ont examiné la manière dont les savoirs mis en relation peuvent dépasser le cadre de la recherche pour s’ancrer dans les politiques publiques, les pratiques et les structures de cogestion. Une discussion ouverte avec le conseil d’administration de RSC s’est également tournée vers l’avenir du réseau au-delà de 2029, soulevant des questions essentielles sur la façon dont ce travail peut continuer à se développer et à générer des retombées durables.
Le message était clair : renouer les savoirs ne concerne pas uniquement la transformation des systèmes, mais aussi le soutien aux personnes qui portent ce travail dans la durée. En reliant l’expérience, la sagesse et l’énergie des jeunes générations, le Rassemblement a mis en évidence la force d’une approche véritablement intergénérationnelle et la responsabilité partagée de faire en sorte que les savoirs atteignent les espaces où ils peuvent générer des changements concrets et durables.
Porter le travail vers l’avenir
À la clôture du Rassemblement, une sensation difficile à nommer mais facile à reconnaître occupait la salle — celle d’être à la fois ancré et appelé vers l’avant. Ancré dans les enseignements partagés, les relations créées et le temps passé ensemble. Et appelé à porter ce travail au-delà de Wanuskewin — dans les organisations, les partenariats et les décisions du quotidien.
Nous repartons non seulement avec de nouvelles idées, mais aussi avec une responsabilité partagée : celle de faire en sorte que ce qui a été appris ici continue de vivre, de se déployer et de produire des effets concrets. Car ce travail ne s’arrête pas à la fin du Rassemblement. À bien des égards, il ne fait que commencer.
Passer de la connaissance à l’action ne constitue pas une étape unique. Il s’agit d’un engagement continu — qui exige de continuer à être présent, à écouter en profondeur et à agir d’une manière qui reflète la confiance qui nous est accordée, ainsi que les responsabilités que nous portons envers le territoire, les communautés et les uns envers les autres.
Remerciements à nos partenaires et commanditaires
Ce Rassemblement a été rendu possible grâce au généreux soutien de nos partenaires et commanditaires, dont les contributions permettent de créer des espaces de rencontre, d’apprentissage et de collaboration. Leur appui rend possibles des rassemblements comme celui-ci, qui réunissent des personnes de partout au pays afin de partager des savoirs, de bâtir des relations et de faire progresser la réconciliation.